Soyons clair, cisaillons notre approche du noir, de l’imprévu, de l’inconnu d’une phrase qui s’étend vers le noir. Porte fenêtre noir sur des sommets, des phases hautes de sensations, de compassions (de l’influençabilité au naturel retrouvé), mais cela sous-entend des arrachages de peaux, pour à vif sentir l’air dans les immensités solitaires où tu souffres et où tu souris aux bons comme aux mauvais mots du destin et de ses figurants. Eux calfeutrés. Entassement des figurants, que leurs têtes engoncées dans les peaux-voiles futiles face à l’airain imperturbable de la nature, de ses créations et de ses destructions (de la virginité à la perversion voilée). Toutes les actions sur la matière, d’écrire gris vers le noir de ce bloc au contraste horrible, implacable, l’un ou l’autre, de cette prison des bas dits qui salissent leurs badigoinces à eux, à l’énoncé du verdict : ou vie à vie ou mort indispensable ne font que cacher la virginité, la vérité criante de l’immaculée, son innocence à la naïve intouchable mais qui aux premiers coups de l’outil pleure en silence, les soubresauts de l’action agitant seuls son corps amorphe comme inconscient, dans l’inconscient des pulsions, des allants, des refoulés de fin de geste de celui qui l’assaille, qui veut la conquérir, qui veut la posséder. Là l’alchimie entre en jeu. Tout, rien peut, ne peut pas être posséder ; tout et seulement tout se transforme. Insaisissable centre d’un monstre incohérent, né des morts, vivace mémoire des mots qui résonnent seul l’espace et sa solidité et les plaintes et les grognements du souffle fuyant la frustration des marges. Tout est bord. Le monde est au bord de moi. Débordements qui ont suivi et qui vont suivre des pistes, cisaillantes, indécises des touffeurs, tout ça pour le rai, une formule de salut.

« Heurte,
Heurte à jamais. »
Tête, mur, sol,
« Porte, scellée » au bout d’une des branches, chemin suivi instable dans les spirales d’un jeu tenu haut dans le vent aux couleurs tournoyant tant qu'elles s’annulent, au bruit et à la fureur contenus dans ce jeu. Le centre des girations, et par un brouillard ou des vents chargés de pluie et de débris est masqué ce centre pour qui s’élèvent les exhortations furieuses de ceux qui avancent vers lui.
« Dans le langage, noir. »
Survivance d’une lumière.
« Dans celui qui est là. »
À la fin du premier tableau, l’alchimiste reste à table. Nous sommes parfois debout dans la pièce de cette table, pièce obscure, atmosphère lourde des échanges gazeux. Nous doutons même parfois de notre solidité. La seule chose sûre est la palpitation comme suffocante « de signes, de lueurs » dans le noir. Marche et manipulation dans le noir pour la formule d’un rai, pour les la dans l’air, bulles gazeuses implosant avec une petite fumée qui leurre.

Est-ce qu'épuiser et tuer c’est pareil ?
Du rai du leurre la vérité est à l’intérieur.
Épuisement de nos efforts pour entrer. Nous nous tuons à petit feu. Nous nous saignons doucement, sans profondeur à chaque fois que nous nous voyons. Ce sont des incises tendres traçant un filet cicatriciel.

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QUESTIONS A BORIS DETRAZ

La blancheur tue le brouillard. Des figures toutes frappées de cette insolation – toujours et on n’aura jamais fini d’y réfléchir : cette image/idée du charbon sous la lampe.

(Cette idée que tu avais des lances pour faire de la pyrogravure sont la révélation métallurgique d’une rencontre, annonciation entre la main et le support.)

Si le blanc se révèle si éclatant c’est que le brillant d’une estafilade de mine de plomb, une tâche manipulée d’encre de chine opaque mais réfléchissante ; tout rappelle l’origine et les cadres.

(« Si tu ne sais pas où tu vas,
regarde d’où tu viens »,
l’origine et puis tu vas au charbon sous une lampe.)

Constante lumière. Constante blancheur où tout se mélange, tout est résorbé à l’essentiel du trait.

Trait, rai de lumière, moirure en liserés, rai de lumière, moirure en pointillés.

Lévitation contemplative puis excité de curiosité du regard (ficelle du regard, ficelle des manipulations) – ce qui te touche, tu t’y arrêtes puis tu t’y lances. Une lance à travers les désirs des autres.

FOR FAME
Fame in.

Une place de village au Moyen-Age avec des morts dans des charrettes.

Famine.

Cruauté, bestialité. Ah ! Je veux en hurler, cela crispe l’espace déchaine des flots contraires.

En miroir du panthéon des hommes illustres, un panthéon des maudits qui meurent dans des grands éclats de lumière.

La famine d’un Artaud
mais ça
     sa déjection
Arrhh ! le « t » de l’Antéchrist ou du profane souvent blasphémateur et l’aube, l’ode et l’audace qui rendent fameux.

La nourriture est un expédient de frustrés.

Vive la famine !

Montrons tout en cachant. Ignorons en pleine conscience de nos moyens de pouvoir lutter contre. Autant de lances dans l’air qui cassent certains miroirs quand des mots s’échappent et partent dans tous les sens en questions à poser.

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Il était borgne. Mais que son regard unique canalise toute la géométrie du monde et toutes les failles entre les traits droitement tirés, toutes les interstices, tous les passe-droits, droit à l’expression du radicalisme du monde, de ce clair-obscur s’évanouissant dans un gris douceâtre.
Et dans la série Verdict, Boris Détraz peint une offrande du regard. Dans la cinquième et dernière toile de ce panoptique, l’on voit la révélation au borgne de tout ce qui a été dit plus haut.
Les couleurs s’évanouissent dans ce gris douceâtre peut-être mais premier, cette disparité contenue en une seule et même couleur, le gris.
La façon d’appliquer la couleur en linéarité ou en tourbillon aqueux, le nez collé à la paroi de l’aquarium.
Des poissons y survolent…[à distiller]

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Après distillation :
Noirceurs inconnues.
Chemins entre les rais de lumière,
Celle sur les lames des cisailles des noirs sœurs du Destin.

Miroir tendu à « ce petit peu de rien dans du gris »
Couleur du vent,
Résolument exhibitioniste
Des forces qui l’attirent au sol
Et avec les mêmes forces
Se cachant dans les lourds plis des mouvements.

Nu, inerte, seule une main
S’envole
Dans le noir vers
Les « signes », les « lueurs ».

Heurter à un bout ou alors dans un coin
Pour ne pas dire sur un bord.

Textes frustrés avec les exclamations parfois de l’essai à vue,
Monotonie et exaltation du doute curieux,
Question constante qui se cache en formule de salut.

Dans le leurre du seuil, Y.BONNEFOY
Ça m’est égal, C.ROY

Alexis Ernaux